Sept enfants de l’accompagnement scolaire (CE2, CM1 et CM2) sont partis cette année à la découverte des religions avec l’association Enquête.

Nous reconduisions ce partenariat pour la troisième année consécutive. Chaque mercredi, l’atelier de découverte des différentes religions du monde et de la laïcité, a beaucoup plu aux enfants, notamment grâce à des méthodes actives et ludiques… mais aussi (voire surtout !) grâce à la personnalité de son animatrice (avec nous depuis la troisième année) : Lou !

L’atelier de l’an dernier a fait l’objet d’un reportage du Monde des religions, qui a réjoui les participants, notamment par la beauté des photographies illustrant l’article. L’article entier est d’ailleurs affiché dans le petit salon, et constitue une source de fierté et d’aspiration pour les enfants !

Pour vous résumer cette année, reprenons les jolis mots des membres de l’équipe Enquête.

« Un groupe composé de sept enfants a suivi l’atelier (de manière relativement assidue) entre décembre et juin [soit] 21 séances d’ateliers, dont des visites de lieux de culte, et ont bénéficié au total de 27 heures de découverte autour de la laïcité et des faits religieux. L’engagement, la disponibilité et la présence de l’équipe encadrante du centre social ont constitué une ressource considérable pour permettre aux ateliers de se maintenir et de se dérouler dans de bonnes conditions ; ce soutien précieux s’est révélé déterminant dans l’évolution des postures de certains enfants vis-à-vis de la diversité convictionnelle.

Le centre social a eu à cœur d’inscrire dans le groupe une certaine diversité dans le rapport au religieux. Dans l’atelier furent présents d’une part des enfants n’ayant pas de familiarité avec de la diversité religieuse et qui ont eu quasiment tout à apprendre de la manière dont parler et se comporter avec des personnes qui ne partagent pas la même conviction. Ainsi certains enfants, au début de l’atelier, n’ont pas compris pourquoi l’animatrice, dont le positionnement éducatif est de ne jamais témoigner de sa conviction et de travailler constamment à une neutralité à l’égard des diverses convictions, lorsqu’elle évoquait Mohammed, ni ne mentionnait le fait qu’il est « le prophète Mohammed », ni ne prononçait la formule de bénédiction que certains musulmans pratiquants joignent systématiquement à son nom. L’animatrice fut également marquée, en tout début d’année, d’entendre de si jeunes enfants proférer autant de certitudes, et de faire preuve de peu de curiosité à l’égard d’autres convictions que la leur.

Si tous les enfants se disaient motivés pour faire l’atelier, certains expliquaient leur motivation non par leur intérêt pour la découverte de l’autre, mais par leur désir de se protéger des agressions externes – tout en situant leur propre conviction en concurrence avec d’autres, se sentant alors obligés de dénigrer certaines de ces autres convictions (ou à nier l’existence de figures religieuses perçues comme concurrentes), comme pour défendre la leur. Néanmoins, tous les enfants n’entretenaient pas forcément un rapport normatif au religieux : dans le groupe se trouvaient également des enfants, notamment plusieurs jeunes filles, déjà conscients de la pluralité des convictions et très curieux des questions de croyances et de laïcité. Une jeune fille en particulier a pu faire preuve de connaissances assez poussées au sujet de diverses figures religieuses, et notamment celle de Bouddha. Par ailleurs, l’enthousiasme du groupe entier a permis des échanges de qualité et une réelle progression de chacun : les enfants étaient toujours impatients de partager leurs expériences. Bien qu’ils aient eu au départ du mal à s’écouter les uns les autres, la possibilité de s’exprimer librement dans le cadre de l’atelier, semaine après semaine, leur a permis de s’ouvrir et de développer une capacité d’écoute nouvelle pour certains d’entre eux.

La séance « Laïcité : croire & savoir » a donné lieu à de riches échanges entre les enfants, qui sont partis de situation concrète pour s’apercevoir que : 1) Ce n’est pas si simple de définir ces deux termes. 2) Contrairement à ce qui relève du champ du savoir, une croyance n’est pas vérifiable. 3) Ce n’est pas parce qu’elle n’est pas vérifiable que cela signifie qu’elle est fausse ou sans importance. 4) Sur la question de « l’origine du monde », il existe des croyances diverses : si la plupart des enfants du groupes ont exprimé qu’il était pour eux évident que Dieu existe et qu’il a créé le monde, ils ont tous accepté d’entendre que tout le monde ne partage pas cette croyance-là.

Les séances manuelles ont utilement contribué au plaisir pris par les enfants à l’atelier, et ont renforcé la progressive confiance qui s’est instaurée avec l’animatrice et entre les enfants. Même les enfants plus âgés fréquentant le centre, les collégiens – souvent les frères ou cousins des enfants de l’atelier – se sont parfois greffés à l’atelier en fin d’heure pour rapporter eux aussi chez eux une production manuelle. A la fin de l’année, chaque enfant est reparti avec son jeu de l’oie complet, composé du plateau de jeu, des pions et des cartes-questions permettant de continuer à travailler les notions abordées en atelier, en s’amusant et en famille !

Enfin, quatre visites de lieux de culte ont été organisées à partir d’avril : une église orthodoxe, une synagogue, la Grande Mosquée de Paris et un centre bouddhiste. Celles-ci ont joué un rôle primordial dans l’ouverture des enfants à la diversité. En donnant à voir au groupe des lieux, mais aussi des personnes, et des objets cultuels maniés par ces personnes, en leur donnant à rencontrer ces personnes et en leur permettant de poser leurs questions, ces visites ont permis de rendre concrets de nombreux termes qu’ils entendent au quotidien, et derrière lesquels chacun peut avoir tendance à mettre un contenu figé. A la synagogue en particulier, le groupe a pu rencontrer des enfants juifs présents ce jour-là pour leur participation aux cours de religion qui s’y tenaient, et qui les ont accueillis avec bienveillance et curiosité. Le rabbin et la directrice du Talmud Torah ont proposé une activité artistique autour de la main de Hamsa, un symbole culturel que l’on retrouve traditionnellement en Afrique du Nord, et que l’on retrouve au sein de croyances populaires aussi bien juives que musulmanes. Le groupe du CEFIA a également pu voir les rouleaux de la Torah de très près, mais aussi toucher (et même porter !) le talit, un vêtement cultuel du judaïsme. Les garçons du groupe ont tenu à garder les kippa qui leur avaient été prêtées à l’entrée de la synagogue, en souvenir de la visite ; et les filles se sont cachées sous les chaises pour ne pas quitter le lieu de culte. Tous ont été enchantés et ont demandé « Quand est-ce qu’on peut revenir ? ». L’animatrice a témoigné à l’issue de cette visite : « J’ai senti chez les enfants une véritable libération du carcan des préjugés basés uniquement sur l’ignorance de l’autre, et la réalisation que cet autre n’est finalement pas aussi « autre » qu’ils le croyaient. Ils sont repartis joyeux, le cœur léger ». Ainsi, ce moment ainsi que les autres visites ont permis aux enfants d’expérimenter par eux-mêmes que la réalité est bien plus diverse qu’il n’y paraît au premier abord, et que non seulement cette réalité diverse ne constitue pas une menace pour eux, mais aussi qu’elle peut en fait au contraire être un sujet d’intérêt pour eux !

L’animatrice se réjouit de l’évolution des enfants : pour certains, elle a observé le passage d’une position sur la défensive et quelque peu méfiante, à une curiosité pour la nouveauté ; pour d’autres, une acquisition de connaissances et de vocabulaire, une appétence et une réelle capacité pour la discussion et l’argumentation, d’une sensibilité aux libertés garanties par la laïcité. A l’issue de l’année, l’animatrice conclut : « leur monde s’est ouvert un petit peu plus à l’existence d’autres convictions à côté de la leur ».

Bilan 2018-2019 du partenariat Cefia/Enquête